La semaine s'était bien déroulée, avec un record de sorties nocturnes (dont un karaoké mémorable avec les collègues et une soirée jetset -et qui dit jetset dit...dit??? bon vin, et gratuit en plus-). Je dis, ou plutôt j'écris "record", parce que parfois, quand on a passé 12H dans le quartier industriel d'Okhla, le cul vissé sur sa chaise à loucher sur son écran, qu'on a galéré à trouver un tuk tuk pour rentrer chez soi, et que, de plus, le dit tuk tuk s'est retrouvé englutiné dans le traffic fou de la capitale, ça n'est pas toujours facile de se remotiver par la suite...
Revenons à nos moutons. Une semaine bonheur avait débuté samedi, par une journée bonheur, justement. Le concept d'une journée bonheur? Facile, c'est se sentir heureuse, tout simplement, sans chercher à comprendre pourquoi. Regarder le paysage de Delhi défiler un sourire niais aux lèvres, des étoiles dans les yeux; peut-être alors que notre nez capte les odeurs des épices et non de pisse, que nos yeux repèrent les couleurs, les sourires, les Indiens qui se tiennent la main en signe d'amitié et non les regards noirs qui nous dévisagent, la misère des lungis élimés et miteux et la noirceur des rues contaminées.
Grâce à mon pick up de la veille, j'ai fini ma journée de samedi à trois heures. A quatre, j'étais à la maison où je retrouvais Célinette et Edith, de retour d'une semaine à Goa. A cinq, j'étais à la piscine de Neeti Garh avec Shaleen, une petite piscine extérieur sans prétention, mais où on peut nager sans problème. A sept, je m'activais aux fourneaux avec Shaleen et les filles, pour préparer un dîner "hispaniphone". J'ai soudainement l'impression de reprendre du poil de la bête, d'être cette femme active qui arrive à tout mener de front sans jamais faillir... mais la femme active a aussi besoin de décompresser...et c'est là que Rishikesh entre en jeu...
Rishikesh, c'est une petite ville de l'Uttaranchal, au Nord de Delhi (seulement 4H de train -si l'on tombe sur un rapide- jusqu'à Haridwar, plus une heure de bus jusqu'à la destination voulue), aux contreforts de la chaîne himalayenne et traversée de Mère Gange. C'est donc une ville sainte. En témoigne la prolifération de tous ces Ashrams, ces lieux où l'on séjourne pour méditer et apprendre le yoga. C'est même là que John Lennon est parti chercher son inspiration avec les Beattles!! Comme à Bénares, on retrouve les ghâts, les ablutions et les cérémonies à la bougie le soir.
La route de Haridwar à Rishikesh, faite dans un rickshaw géant (les rickshaw ici s'apparentent à de petites fourgonettes semi-fermées, avec deux banquettes qui se font face), est magnifique. Verte. Boisée. Infinie. Le soleil commence à lécher le flanc des montagnes sur ma droite. Nous passons quelques ghâts qui bordent le fleuve sacré: bien plus propres et "disciplinés" que ceux de Bénarès. Si le paysage est beau, on ne peut pas en dire autant de la route, en très mauvais état. Rishikesh, c'est, semble t-il, un coin prisé par les expat' de Delhi, qui viennent s'y resourcer comme les autochtones font leurs ablutions. Ce WE, nous sommes 9 à nous connaître dans la Dev Ganga Guesthouse, dans le quartier de Lakhshman Jhula (300 à 400 roupies la chambre double).
La ville est divisée en trois parties, dont deux quartiers "touristiques" qui dominent le Gange. Pour atteindre ces quartiers, il faut traverser l'une des deux passerelles qui y mènent. A pied, car les véhicules motorisés y sont interdits (sauf les motos, cherchez l'erreur). Installées dans notre petit hôtel modeste et bon marché, dans une chambre qui fait face au Gange au pied des montagnes, le dépaysement est réussi. A tel point que nous ne retraverserons plus la passerelle du WE...
Pourquoi cette inactivité soudaine, me demanderez-vous? Pourquoi ne pas profiter de la montagne avoisinante, des petites criques perdues du fleuve, des cascades? Qu'y avait-il à faire dans ces 5 mètres où nous avons allègrement passer le WE?
RIEN. Ou des tas de choses, finalement. Faire la sieste en écoutant le Gange couler, dévaliser les échoppes d'artisanat népalais (typiquement le genre de vêtements "ethniques" que l'on trouve en France), se reposer, PRENDRE SON TEMPS. Et puis il faut dire que les agences qui proposent normalement des tours ne nous ont pas aidées. Que le camping et le rafting étaient hors saison. Que les autres ont loué des motos mais, ma manager venant d'avoir un grave accident, l'envie d'apprendre sur le tas m'était passée. Et puis, surtout, il y avait le Little Buddha Café (sigh)... révélation.
Petit Boudha et son café méritent bien un paragraphe apart. Après tout, on y a quand même passé la majorité du WE, s'énvoyant la carte (et elle faisait bien 6-8 pages) en 2 jours. Elle nous a tout de suite plu, cette petite bicoque sur un étage, toute de bambou faite. Mais le premier matin, il était trop tôt pour les petits-déjeuners... Nous nous sommes donc rendues au Paradise café, mignon aussi, avec une terrasse qui donne sur le fleuve... On y est bien, mais tout de même, la vitrine de gâteaux et viennoiserie au seuil de la porte du Buddha nous hante... Résultat, nous filons au Buddha juste après avoir réglé le Paradise!!
Little Buddha Café regorge de charme, tout comme ses serveurs, 2 jeunes typés népalais et à l'accent anglais rigolo. L'ambiance est zen, et la musique va de paire avec un décor soigné et original. Des chapeaux de paille en guise d'abat-jours dissimulent les ampoules de la pièce à l'étage. Des tables basses, des tapis qui recouvrent le sol, on se cale contre un coussin, pieds nus, à moitié affalées et ... on se détend. L'ambiance change selon le moment de la journée: une musique calme le matin accompagne les copieux petits-déjeuners; les Beattles et une musique plus punchy accompagnent au contraire la nuit tombante, lorsque l'endroit s'anime et que les groupes hétéroclites arrivent. Oui oui, on a bien testé tous les moments de la journée...
Pour éviter de porter une trop lourde culpabilité sur nos épaules, le soir lorsqu'on nous interrogera sur notre journée, nous avons visité deux temples. L'un plus marquant que l'autre, du fait de ses treize étages, de sa couleur orangée et de sa forme pyramidale (j'ai oublié son nom, prière de vous en référer au blog de Céline pour des posts plus profonds: http://delhi-lama.blogspot.com/)
Les Indiennes nous montrent comment prier les représentations des Dieux posées à chaque étage du temple: on sonne la cloche devant, on touche la statue, puis son front, et au suivant! Et croyez-moi, il n'y a pas qu'une seule divinité par étage... C'est ainsi qu'une symphonie (cacophonie?) de sons de cloches s'élève dans le ciel du quartier. Notre ambition a des limites, nous gravons dans nos mémoires la vue qu'offre le temple sur les montagnes, la ville, le fleuve et ... regagnons le Buddha!!!
Pas question de quitter un endroit où l'on a passé le WE à se détendre sans passer par la case "massage", surtout dans le pays de l'Ayurvédique!! Depuis le temps que j'attendais ça, je me remémore ceux du Pérou, si pro et si peu chers... Mais ce massage avait ceci de différent que Céline et moi nous sommes retrouvées à 2 dans une petite pièce au fin fond d'une boutique, Céline à terre sur un drap et moi sur un lit dur, des gouttes froides se détachant du linge fraîchement étendu pour venir s'écraser entre mes omoplates. La musique zen a cédé place à des cris d'enfants qui se chamaillent, et au babillage hindi des deux "masseuses".
J'ai resenti un léger dégoût lorsque ma "masseuse" a planté ses ongles dans mes cheveux; une image trottait dans ma tête, celle de mes pieds nus sur la route déguelasse et jonchée de bouse bovine au sortir du temple... Une fois le massage payé, une des filles nous a fait remarqué qu'on était toutes les 2 très jolies... mais que c'était drôle quand même, qu' on ait l'air si fines habillées, alors qu'en fait... bon heu Céline on s'casse?! (ils ont une drôle de façon de faire des compliments dans cette ville, on en a eu d'autres du même genre!)...
Un dernier petit chaï au Buddha, comme je les aime, cannellés et non sucrés, et puis c'est l'heure de partir. C'est le coeur gros que je quitte cette ville. Nous passons dans l'autre quartier à touristes, un temple prépare une fête et des danses d'enfants, c'est plein de lumière, de gaiété, de ... bonheur?! Plus loin la deuxième passerelle, éclairée de nuit, et au loin des temples qui semblent scintiller sur un ruban noir, le Gange...
Très belles photos, dont la résolution permet l'agrandissement sur son écran. Nous attendons avec impatience les commentaires: apparemment les vaches sont toujours aussi bien nourries et tu ne donnes pas l'impression de travailler, c'est toujours la découverte de nouveaux paysages et d'autochtones.
RépondreSupprimerEt pourtant, elle bosse...
RépondreSupprimerMa petite MATHILDE continue à nous envoyer ton blog qui me permet de rever et partager un peu de temps avec toi dans ce pays fascinant ....et que je regrette beaucoup de ne pas connaitre physiquement. Iris m'en a enormement parlé . Aujourd'hui pour marquer le temps, nous avons fété son anniversaire..(Le 6 septembre était aussi le jour de la naissance de ton grand père maternelle, le savais tu?
RépondreSupprimerJe te fais des millions de bisous a bientot de te lire MAMIE