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vendredi 25 septembre 2009

Wagah Border, une simple frontière sur la terre?! ...

Entre l'Inde et le Pakistan...

Le soleil se couche ... lentement, il s'éloigne de l'Inde pour aller s'écrouler du côté de son voisin, le Pakistan. Un même soleil partagé entre deux pays à l'histoire si conflictuelle depuis 50 ans. Bien sûr, outre le soleil, les deux pays partagent aussi une frontière. D'un côté, des hommes à l'uniforme marron-vert kaki et des plumes de coq sur la tête, de l'autre, des silhouettes noires, me semble t-il; d'un côté, un bout de tissu vert, orange et blanc hissé haut dans le ciel, de l'autre, un tissu vert foncé barré d'une lune blanche et de son étoile.

Un "militaire" indien qui marche vers la frontière

Hier soir, je suis allée au cinéma voir un Bollywood, Dil Bole Haddipa (littéralement "le coeur crie Youpi!"); le film se déroule au Pendjab (l'état où nous nous trouvons à ce moment précis du récit), et la frontière de Wagah tient un rôle important dans ce Bollywood, qui met en scène un match de cricket entre deux nations qui se respectent et s'embrassent dans un Happy Ending. Aussi peu probable que de voir Marseille/PSG se sauter dans les bras après la défaite cuisante de l'un des deux clubs... Dans la réalité, l'Inde et le Pakistan sont loin de se lancer des oeuillades cordiales, en témoignent les articles de la presse quotidienne...

Quelque part entre le rêve (Bollywood) et la réalité (l'Inde), il y a le rituel quotidien de la frontière. Un peu comme la cérémonie des "Bobbies" au Palace de Londres... mais en plus "animée", "animale".
Les guides conseillent de se rendre de très bonne heure à la frontière, étant donnée l'affluence observée chaque soir, en particulier le WE. Et ce ne sont pas seulement des touristes curieux qui viennent étancher leur soif de voyeurisme mal placé; la majorité sont Indiens... et Pakistanais de l'autre côté, j'imagine.
Nous voici donc à 16H au milieu de nulle part: l'unique route sableuse est un chapelet de charettes de pop corn, chips, boissons et autres fritures végétariennes.

Il faut attendre. Je m'achète un mais grillé au charbon. Rien à envier au choclo peruano, mais on s'habitue au goût grillé, salé et citronné de ce mets très économique.

Dans les premières installées!

Un peu plus tard, nous rejoignons la foule déjà agglutinée derrière une barrière close et gardée. Tout à coup, l'incroyable arrive. Tout à coup, et tout à fait bizarrement, je bénis le ciel d'appartenir à la gent féminine. Il a fallu former une file exclusivement constituée de femmes, et passer la barrière bien avant nos homologues masculins. Nous avançons tout droit, moi, mes collègues et de nombreux saris. Après avoir été fouillées et tripotées par des femmes militaires à l'uniforme bien plus laid que celui des militaires hommes, nous arrivons enfin à la frontière.


Je ne l'ai pas fait exprès, mais regardez à gauche...

Nous pouvons prendre place sur de grands gradins blancs, heureusement encore vides, mais qui ne tarderont pas à être noirs de monde et brûlants d'agitation. Commence alors une longue attente. On nous passe de la musique, et les gradins se chauffent la voix sur le refrain de Jai Ho, la désormais célèbre chanson du film Slumdog Millionaire.

Mais rien ne se passe. D'ennui ou d'excitation, des Indiennes transforment la route en piste de danse, sous nos yeux. Parfois, entre deux chansons, le silence revient et laisse entendre un entêtant refrain "de l'autre côté": "Pakistan, Pakistan, Pakistan". Vite, vite, une autre chanson indienne, plus forte, plus forte!!

L'arrivée à Wagah Border

Et ça se déhanche, et ça bollywood dur en bas; les épaules ondulent, les hanches roulent et battent le rythme par petits à coups, à gauche, à droite, et les visages rayonnent de sourires... Je reste scotchée devant une fillette en uniforme-cravate qui danse merveilleusement bien.

Une fois les danses finies, il faut trouver un autre jeu. Toujours sur fond musical, les Indiennes s'amusent à faire des allers et retours vers la frontière en courant, le drapeau indien à la main. Elles se relaient, comme en cours d'endurance. Cela fait-il partie du spectacle? Difficile à dire, ce dernier étant tellement désordonné! Heureusement qu'il s'agit de l'armée, censée apporter ordre et droiture au peuple...

J'ai oublié un élément important. J'avais lu que la cérémonie ressemblait à un match de foot, avec de fervents supporters de chaque clan, qui s'inscrivait sur fond de nationalisme exacerbé. C'était sans doute le cas pour les Indiens, mais les gradins pakistanais sont restés quasi vides... Serait-ce à cause du ramadan?

Le coucher du soleil vers le Pakistan

Enfin, un semblant d'organisation pointe le bout de son nez; le soleil comment à fatiguer, et la foule est complètement surexcitée, scandant des mots que je ne comprends pas en montrant le poing. Effectivement, le fond de nationalisme exacerbé est bel et bien là. Certains diront qu'ils ont rerssenti une grande violence de la part du peuple indien, limite effrayante.

Les gradins en face des nôtres

J'ai été un peu déçue par le "spectacle" en soi; il s'est tout d'abord apparenté à un échauffement de chorale (une vidéo serait ici plus parlante que mes mots). Chaque bobby indien, bien rangé et bien droit dans sa ligne, hurle à la lune dans un micro, rituel qu'il répète deux ou trois fois. Puis, Bobby prend des allures de soldat de plomb et, tout en lançant ses bottes loin devant, l'air hyper sérieux (alors que soyons honnête, ce n'est pas très gracieux), se dirige vers la frontière, où bobby pakistanais est censé faire miroir. J'ai l'impression que les Pakistanais se prêtent moins au jeu, peut-être parce que les Indiens sont si surexcités et qu'il n'y a aucun spectateur de l'autre côté. Ou peut-être parce que je ne vois pas bien ce qu'il se passe de l'autre côté.

Le petit jeu s'éternise, et ce qui aurait pu durer 5 minutes en a duré 40. Beau final tout de même, je en parle pas de la coda de la chorale mais bien de l'abaissement des deux drapeaux. Un des Indiens le rapporte fièrement à bout de bras, bien plié, tandis que le Pakistan fait de même... dans la direction opposée!




Pas d'ordre pour la sortie, tout le monde pousse et se rue vers les bus et les rickshaws. En conclusion, je suis contente d'avoir connu ça, mais pas au point d'en acheter le DVD Souvenir!!

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