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dimanche 15 novembre 2009

4 jours à la montagne, épisode 2/4

Deux Nonnes et un Chaussée aux Moines

A la descente du train dans la gare de Shimla, un mini van et un dilemme pointent le bout de leur nez. To go or not to go? Pour ma part, j'ai très envie d'une retraite au milieu des montagnes, de renouer un peu avec la nature, respirer un air débarrassé de toute pollution. Mais Céline, tout juste réveillée, a peur que nous nous retrouvions dans un coin perdu, loin de la ville et sans issue de secours. Très vite, nous convenons d'un arrangement; nous allons jeter un oeil au monastère, puisque notre carosse est avancé, et nous aviserons si nous souhaitons y demeurer ou non. Ainsi, j'aurai ma montagne en gros plan et Céline son coin de civilisation. Au fur et à mesure que défile le paysage par la fenêtre du petit bus, notre pensée se cale sur les virages pentus. Un coup à droite, elle trouve ce monastère un peu excentré tout de même, un coup à gauche et oh, quel est ce ravissant petit village que nous traversons, et si on revenait s'y installer pour la nuit?

Moineaux fournaux (hahaha... bon ok, elle était pas drôle)
Miam, de la viande!!! et les petites boules de mie pas cuites là, c'est le pain tibétain

La vue depuis le monastère

Enfin, nous arrivons au monastère boudhiste. Ou plutôt quelques mètres en-dessous. En effet, le van est trop chargé et nous devons finir le reste de la côte à pied. Boudha soit loué, la communauté monastique, vêtue de rouge et de jaune, est là pour porter nos sacs et nous aider à rejoindre le bâtiment où logent, méditent, prient et apprennent les moines de tout âge.

Nous sommes reçus comme des rois à coup de thé au lait et de fruits à volonté, ou plutôt comme de futures nonnes, notre ami ayant déclaré que nous étions en phase de devenir ses disciples. Vite, vite, il nous faut apprendre à nous présenter devant le lama, et Rinpoche s'empresse de nous faire la démonstration.

Comme tout le monde a l'air d'insister pour que l'on reste dormir avec Elmer (la vraie disciple de Rinpoche), qu'on nous promet eau chaude et bonne cuisine (ahhh ils savent me prendre par les sentiments!!) et que la vue est tout simplement magnifique, haut perchées que nous sommes dans les sommets himalayiens, notre pensée cesse de se distordre et se fixe sur un "oui, merci bien". Il fait bon vivre en cet instant. Rinpoche et Elmer nous renseignent sur les bases de la religion boudhiste, que j'ignorais totalement, j'ai honte de l'avouer. C'est une religion qui ne me déplaît pas, même si Céline la juge, à raison, un peu "hypocrite" sur certains aspects (on a le droit de consommer de la viande si l'animal n'a pas été tué exprès pour nous).

L'entrée du temple

Durant l'espace d'un instant, je m'imagine passer ma vie dans ce monastère tranquille... un instant seulement. Impossible, dis-je à un Rinpoche incrédule, et ma famille, et mes amis, et ma vie sociale? "Tu rencontreras d'autres moines ici", est sa réponse. Impossible, j'insiste. Je ne peux pas vivre sans Internet. Ce à quoi il rétorque qu'il ne comprend pas ces nécessités matérialistes, et s'interrompt pour ... répondre à son téléphone portable!!

Je ne peux m'empêcher d'observer sa fidèle disciple, et de me demander ce qui l'a poussée à étudier le boudhisme aussi sérieusement. "Ça aide à se pardonner", nous a t-elle dit. Il y a quelque chose de tellement triste dans son regard, comme une lueur éteinte...



Après des litres d'un thé requinquant, nous allons être présentées au grand gourou, le lama. Nous pénétrons dans une petite pièce fermée d'un rideau jaune. Le lama ressemble un peu à Rinpoche; grassouillet (c'est un euphémisme), des lunettes, une tête ronde. Nous lui tendons fièrement un foulard blanc doux comme de la soie, une enveloppe contenant quelques roupies dépassant de notre poigne. Le lama nous bénit en nous passant le foulard autour du cou (chouette, un nouveau châle!! comment ça matérialiste, moi????)


D'ailleurs, c'est bien joli la montagne mais on a du shopping à faire nous! On ne se refait pas... Après un bon repas monastique (une tonne de riz et des patates finement cuisinées), nous filons malgré le regard mi réprobateur mi étonné de nos hôtes. Quel bonheur de dévaler le chemin de terre et de cailloux qui nous a menées au sommet du monde, vers ce petit village, Sanjolai, dont nous sommes instantanément tombées amoureuses la veille, à travers la vitre d'un petit car. Je me sens si libre! Ici, les gens sont souriants, gentils, et, même si l'on ne parle pas le même langage, ce n'est pas un obstacle pour communiquer. Je suis à des années lumières de Delhi. Nous ne dévalisons pas les boutiques du microscopique village, justge un gros pull de survie pour moi, et quelques sucreries à partager le soir avec la petite famille (ok, un kilo en fait). Chose étrange, je me mets à aimer ces sucreries trop sucrées... nous aurions goûté la vitrine si on avait pu!!

Ganesh

Nous ne voyons pas le temps passer et très vite il fait nuit noire. Le ciel se couvre d'un épais rideau d'étoiles scintillantes... mais aucune ne nous indique notre chemin, malheureusement. Car ni Céline ni moi n'avons prêté attention à l'aller, c'était si simple, de descendre de la colline... A force de remonter, et malgré une Céline peureuse et découragée, nous finissons par retrouver notre abri et notre couvert du soir.


Spéciale dédicace pour la Broussardière...

La soirée s'achève sur une note inattendue... Alors que Céline s'apprête à prendre une douche à côté des latrines communes, piécette sobre dont la porte ne va pas jusqu'en haut, et que je l'accompagne pour un passage express aux toilettes, Rinpoche me double et file occuper l'espace turc. Et là, je vous passe les détails, mais un moine sait se soulager comme il faut. Le fou rire adolescent et ridicule qui nous secoue soudain nous empêche de réfléchir, et nous voilà enfermées toutes les deux dans la douche. Impossible de nous calmer, surtout quand Céline commence à me chuchoter à l'oreille un « Chiassé au Moine » musical... Une fois la menace écartée, les lieux (et Rinpoche) vidés (seule l'odeur persistait) et notre fou rire calmé, je laisse ma consoeur à sa toilette et décide d'éviter le passage par la case WC pour ce soir.


La nuit fut bien bonne, bien au chaud sous nos couvertures, un véritable paradis après la nuit de train de la veille!! Après un copieux petit-déjeuner, des sortes de naans tibétains et du pain qui ressemble à des meringues de mie pas cuites, le tout accompagné d'une bonne confiture artisanale, nous allons tous nous assoir dans la salle des prières pour la puja. Dure vie qu'ont les moines; manger, méditer, manger...je reconsidère presque l'offre de devenir nonne!

La puja est assez différente des pujas hindous auxquelles j'ai assistées durant ces quatre mois où j'ai séjourné en Inde. Bien rangés en colonnes, des petits moines de 3 à 18 ans environ unissent leurs voix à la musique live qui retentit dans la pièce. Je tombe amoureuse d'un tout petit qui apprend à son jeune voisin comment suivre les paroles de la prière sur le livre. Une heure après, nous voilà sur le parvis à prendre des photos avec les moines et la montagne. Il nous reste une heure avant le repas, nous décidons de grimper visiter le temple au-dessus du monastère, qui nous intrigue depuis la veille. Bien calées dans un coin de verdure, nous papotons tranquillement au soleil avant de redescendre nous empiffrer. Au menu cette fois, de la viaaaaaaaaaaaande!!!!!!!!!!!!!
Vue sur le temple, un cran au-dessus du monastère

Mais il est temps pour nous de quitter le Boudhisme; nous aimerions passer la deuxième nuit à Shimla, qui, paraît-il, vaut le détour. Redescendues au village de Sanjolay, chargées comme des mules, nous prenons un bus local en direction de Shimla, qui tourne et tourne encore à travers un paysage magnifique et vertigineux à la fois. Nous débarquons à la gare de routière de Shimla ... la suite au prochain épisode!

2 commentaires:

  1. Whaaaaaaah! Veux y aller aussi!!! ;-)
    Continue de nous transporter ailleurs comme tu le fais Math... J'adore!!! MERCI
    Je suis une adepte, petite Rimpoché en apprentissage que tu es ;-)
    xoxoxo

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  2. C'est de qui ce gentil commentaire? ;-)

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