On dirait le Sud...
Il y a longtemps, bien longtemps de cela, les élèves de Shiva, Dieu Hindou de la Trinité et père de Ganesh (le Dieu à tête d'éléphant), levèrent le nez vers les étoiles et lurent dans les astres. Il y a 2000 ans de cela, des plumes s'agitaient et noircissaient des feuilles de palmier de la destinée de tous les habitants de la terre et de leurs descendants, le tout en sanskrit. L'astrologie Nadi était née.
Aujourd'hui, le temple du minuscule village de Vaitheeswaran (Vaitheeswarankoil), situé dans la région du Tamil Nadu en Inde du Sud, abrite une bibliothèque riche de milliers de prédictions, qui ont survécu au poids des siècles. Les Indiens se rendent ici en pèlerinage, non seulement pour connaître leur avenir, mais surtout pour savoir quels péchés commis dans leur vie antérieure les empêchera d'atteindre la paix, et comment y remédier.
Le temple en question
Une arnaque, c'est une arnaque! Inutile de le nier, chers Occidentaux, ce sont les mots qui vous viennent à l'esprit... Vous pensez sans doute qu'il n'y a qu'à ouvrir n'importe quel guide, se rendre sur le premier forum venu, pour obtenir la preuve que ce n'est qu'une entourloupe de plus en Inde. Je vous mets au défi de trouver des informations sur ce petit village dans un guide.
Comment en avons-nous entendu parler alors? Un soir, sur le balcon de notre maison, bière à la main pour les amateurs, chai pour les autres, nous discutions entre nous, des étoiles et de l'astrologie en Inde.. Heera nous branche alors sur l'existence d'un temple où notre avenir et notre passé peuvent nous être révélés. Aussitôt, quatre oreilles se dressent; celles de Céline et les miennes. Le temple devient alors une quête obsessionnelle: nous devions nous y rendre, et si possible ensemble.
L'intérieur du temple
Quelques semaines plus tard... A l'aéroport, je lis le document que je me suis imprimé en hâte sur l'astrologie Nadi. Un doute énorme s'empare de moi lorsque je découvre qu'il faut parfois des semaines, voire des mois, pour retrouver certaines feuilles. Affolée, j'envoie un texto à Céline (qui était déjà dans le Sud depuis une semaine) qui me rassure immédiatement. "C'est notre destin, tout ira bien". Jai Ho.
Et lorsque, après un vol mouvementé où il m'est presque venu à l'idée de serrer très fort la main de mon voisin indien, j'appelle Céline, elle me déclare, toute zen: "de toute façon tu ne pouvais pas t'écraser, nous rendre à ce temple, c est notre destin".
Une fois atterrie, je sors de l'aéroport sous une pluie torrentielle et suis les indications de Céline; rickshaw, station de bus, bus pour Chidanbaram, village célèbre pour son superbe temple (que je n'aurais même pas pris le temps de visiter). Au cours des 6H de route, en pleine nuit noire, je me réveille en sursautant à chaque coup de frein un peu brusque et à chaque coup de klaxon insistant (généralement lorsque le conducteur se décide à doubler dans des endroits peu propices à son excès de zèle).
Céline en mode mystique
Enfin, protégée par mon destin, j'arrive saine et sauve à Chidambaram, où je descends du bus sans trop savoir où aller. Il fait nuit, mais quelques Indiens boivent du chai près d'une échoppe allumée. Le village me paraît moche, trempé de grosses flaques marécageuses. Je finis par trouver l'hôtel de notre rendez-vous, dans lequel je me faufile sans bruit, ni vue ni connue. Deux coups à la porte suffisent à lever ma Céline, qui me laisse un bout de lit pour les quelques heures de sommeil qu'il nous reste avant que commence notre périple mystique.
En fin de matinée, parées pour notre destin, nous attrapons un gros bus jaune dans la rue. Le système de bus me semble plus développé que dans le Nord de l'Inde, et les gens plus détendus! J'observe le paysage qui défile par la vitre et découvre une autre Inde. Une Inde nature, une Inde humide, une Inde joyeuse. Les hommes se baladent en lunghis, espèce de grands paréos blancs qui leur tombent sur les hanches. Je suis à la fois excitée et stressée, ne pouvant me préparer à ce qui nous attend, l'inconnu incroyable.
Enfin, nous y sommes. On a bien repéré le temple dans la principale (et unique?) rue, mais point d'hôtel à l'horizon. Un autochtone gras et collant tente de nous emmener dans sa maison pour nous louer une chambre ... vide! Pas même un lit au milieu de ces quatre murs! Nous marchons un peu au hasard et arrivons dans une ruelle où se succèdent une poignée de guest houses. Après avoir visité plusieurs établissements vides et négocié les prix, nous nous installons. Je jette un oeil au registre de l'hôtel; aucun nom d'origine étrangère. Que des Indiens, avec une seule et même raison pour cette visite: le temple.
Le temple, petit bijou d'architecture
Alors que je commençais à désespérer de trouver un interprète dans ce microscopique village, notre destin anglophone vient à notre rencontre à la réception de l'hôtel. Quelques phrases échangées, et nous partons chercher nos feuilles, notre traducteur sous le coude. Le processus peut alors commencer.
Processus 1/3: repérer une maison Nadi et franchissez-en le seuil. Parler (rectification, laissez votre traducteur parler) au Monsieur et donnez-lui votre date de naissance uniquement. Posez ensuite votre pouce (gauche si vous êtes une femme, droit si vous êtes un homme) sur le tampon et appliquez-le trois fois sur une feuille. Fin de votre participation pour cette première manche.
Muni de vos 3 empreintes, un Indien part alors en mission "bibliothèque" au temple. Grâce aux ovales concentriques de nos empreintes digitales, qui rappellent la feuille de palmier, et de notre date de naissance, il trouvera un ou plusieurs "sets" de feuilles. Les "sets" se présentent comme un éventail en bois, ses deux bouts reliés par une ficelle et contenant des parchemins d'environ 5/ 15 cm. Les feuilles sont inscrites en sanskrit, dans une écriture très serrée, à l'encre noire. Commence alors la deuxième manche...
Un de nos lecteurs devant la maison Nadi
Processus 2/3: Installez vous face à votre "liseur" (lecteur?!), le traducteur à côté. Personne d'autre ne devra participer à cet entretien. Le but de l'entretien: trouver quelle feuille vous appartient. Le lecteur - liseur lit le début de chaque feuille du paquet (ou "set") de feuilles, en s'arrêtant après chaque affirmation qu'il annonce; par exemple, "vous avez 3 frères". Contentez-vous de confirmer ou d'infirmer ces informations, en ne donnant aucun détail supplémentaire. Lorsque le lecteur tombe sur la bonne feuille, il retourne à la bibliothèque en chercher l'intégralité.
Cela fait bien 30 minutes que Céline ne revient pas... je tripote mon téléphone et scrute l'horizon, à l'affût du moindre signe. Rien. La douceur du Sud, la paisibilité d'un WE dans un microscopique village. 40 minutes au moins. Je regarde ma montre, je stresse comme pour l'attente des résultats d un examen médical ou d'un oral du BAC!! Je vois passer plusieurs Indiens munis de leurs feuilles. Toujours rien... Mais ils l'ont séquestrée ou quoi?!! J'envoie un texto. Je tends l'oreille au flot de tamoul débité à côté; certaines personnes sont sur le point de découvrir ce que l'avenir leur réserve...
Enfin, ma séquestrée revient, toute sereine. Je la bombarde de questions, a t-elle trouvé sa feuille, comment c'était, qu'est ce qui lui ont demandé, a t elle dû fournir des détails, est ce une arnaque, etc. Je trépigne à chaque interruption de ntore traducteur, qui supporte mal nos conversations privées en français. Le récit de Céline est assez bluffant; elle me dit que l'homme a trouvé de suite le nom de ses parents, le nombre de frères et soeurs et son métier. Elle admet tout de même, à mon soulagement, avoir donné quelques indices (mais au traducteur seulement, pas au lecteur), dans le but de ne pas rater sa feuille sur un malentendu de prononciation. Certains sons français n'existent sans doute ni en tamoul ni en sanskrit.
L'attente prend alors une toute autre tournure pour moi. Épatée, j'ai tout à coup peur de ne pas avoir de feuille. Et si je n'avais pas d'avenir?!! Enfin, on trouve mon "set". Enfin, on m'emmène à l'interrogatoire. Est-ce parce que je suis plus cartésienne que Céline, que je doute plus facilement, ou est-ce notre façon de voir les choses qui nous laissent des impressions et une analyse un peu différentes, je ne sais pas, mais toujours est-il que j'ai trouvé ça moins impressionnant pour moi. Il m'a fallu lâcher plus d'indices et de détails afin de trouver ma feuille. Le coup des prénoms de mes parents m'a quand même un peu épatée: certes, j'avais, comme Céline, aidé un peu par écrit mon traducteur, mais comment le lecteur les a t-il trouvés? Et, quand bien même on les lui aurait soufflés, comment a t-il fait pour s'en souvenir une heure après?
Processus 3/3. Le temps des prédictions. Ayant identifié votre feuille, on est parti chercher son intégralité. Vous êtes prêt(e) pour la prédiction. Entrez dans la petite cabine à vitre transparente, accompagné(e) d'un ami si vous le souhaitez, du lecteur et du traducteur. Prenez place. La séance sera enregistrée sur cassette audio. Une petite prière à Shiva (ou je ne sais qui), et c'est parti...
Je prends des notes pour Céline alors que, concentrée sur son futur, elle boit les paroles du traducteur. Avides du moindre mot, nous écoutons avec passion notre passé (y compris nos vies antérieures) et notre avenir. Je ne vais pas trahir les secrets de notre vie future, mais j'ai noté trois choses:
1) La feuille de Céline était bien plus "touffue" que la mienne, plus garnie de détails, à un tel point que c'en était presque flippant. Son lecteur lui a même donné son jour de naissance !!
2) Céline ayant beaucoup pêché dans sa vie antérieure, il lui a été suggéré de faire un don au temple... J'ai alors cru que le but de tout ça était de nous tirer de l'argent, mais on ne m'a rien demandé à moi... Il faut dire que, avec pour dernière vie celle d'un moine boudhiste, je n'ai pas beaucoup fauté! Je dois juste invoquer le soleil lorsque je me lève avec (c'est à dire, heu, jamais)
3) L'astrologie Nadi donne beaucoup plus d'infos sur le futur que sur le passé (si on exclut du "passé" les vies antérieures), et au final, ça fait un peu peur. Je voulais etre bluffée, mais ne pas trop en savoir sur mon avenir... Life is a box of chocolates, j'ai envie que ça le reste :-)
19H. Après avoir visité le temple, il nous reste encore 2 jours de WE...et de longues années à vivre! Nous décidons de ne pas passer la nuit dans notre village mystique (même si on a payé la nuit) et de filer prendre un bus pour Mahabalipuram, village de pêcheur au bord de la mer... nous bavons déjà en pensant aux plats de fruits de mer que nous allons pouvoir goûter!
Les quelques témoignages que j'ai trouvés sur Internet sur l'expérience Nadi révèlent des gens subjugués, pas tellement sur la véracité des faits qu'on leur a dévoilés, mais plus sur l'expérience en soi et le bien qu'elle leur a fait. Je pense que les Indiens viennent chercher des remèdes, une démarche à suivre pour réparer leurs erreurs. Je pense aussi que c'était une bonne expérience à vivre!
La prédiction m'a trotté dans la tête longtemps après. La vie qu'on m'a brossée à gros coups de pinceaux, est-ce celle que je veux vivre?!! Y a t-il un chemin, ou est-ce que nous faisons notre chemin à mesure de nos pas?! Et vous, vous y croyez à l'avenir?
Hello Mathilde,
RépondreSupprimerPersonnellement, je crois qu'on a tous des expériences bien précises à vivre et à résoudre, que tant que cela n'est pas fait, cela reviendra de manière cyclique dans notre vie. Est-ce cela du coup la definition du destin ? Ce qui est certain en tout cas c'est qu'à chaque moment de notre vie, on fait des choix et que cela influe sur notre capacité à surmonter les dites expériences... et à modifier notre kharma ;)
Quant aux vies antérieures, je ne sais pas, mais je sais que la famille, elle, te transmet plein de réflexes pas tjs bons de générations en générations et qu'à y regarder de plus près, il y a plein de choses qu'on reproduit inconscienmment.
Mais enfin tout ça n'est qu'un point de vue, un avis, une sensation, et ça n'engage que moi !
bisou,
Sylvaine.
Ca me fait bien marrer ces prédictions/passé, autant dire que je n'y crois pas du tout, MAIS je crois qu'on croit ce qu'on peut nous dire sur nous, et RIEN ne se serait passé si ça n"avait pas été prédit; déjà dans l'Antiquité, les Pythies, avec comme contre-exemple Cassandre qui ne devait jamais être prise au sérieux. Oui, ces moines doivent bien connaître l'ames humaine; qqch de pas claire avec Céline, elle a bien dit qu'elle avait 3 frères? maintenant, attention à l'interprète, si c'est comme dans de nombreux pays ils sont de mèche, et avec l'hotel, d'ou la connaissance des prénoms (où on dépose son passeport)etc.. Je me suis demandé s'ils étaient plus fort qu'une cartomancienne ou tout bêtement, lire son horoscope, ce qui me rapelle le sketch de Devos, (il a un accident, c'est mis dans son nhoroscope, mais pas dans l'horoscope de celui qui lui est rentré dedans. Je suis d'accord pour discuter avec ces gens, là oui, et surtout ne pas afficher ses doutes............
RépondreSupprimerBon, emporté par l'élan, je n'ai pas corrigé mes fautes orthographiques, pour être plus concis, c'est sur, que si on apporte du crédit à ce qui nous est prédit, on va avoir tendance à suivre les prédictions. A mon avis, si on est un tant soit peu crédule mieux vaut ne pas consulter!
RépondreSupprimerLa question est peut être "mal" posée...l'avenir reste ce qu'il y a à venir jusqu'à la dernière minute, et tout simplement, y croire ou pas ne change rien...Quant à la prédiction de ce reste à vivre, Bossuet disait: il faut laisser le passé dans l'oubli et l'avenir à la Providence.Quand à comment "influencer" la providence ou la maitriser un peu..., je citerai Anatole France qui disait l'avenir est un lieu commode pour y mettre des songes. Et là,je ne cite plus, et je pense que ce genre d'expérience est une façon comme une autre d'y mettre un songe, d'y mettre à ta façon des rêves.
RépondreSupprimerMince, mes parents sont des érudits :-)
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