Episode 1: où l'on testa la Sleeper Class
Vendredi soir, Céline et moi nous préparons à vivre de nouvelles aventures, un grand WE de 4 jours bien mérité... Au programme, Shimla, capitale de l'Himachal Pradesh, un état du Nord de l'Inde (Himalayas), puis Ghumarwin, microscopique village où nous assisterons au mariage d'Amul, un collègue. Notre départ un peu mouvementé et précipité (doutes soudains sur la gare et l'heure du train, le billet ne laissant rien paraître) donne le ton de la soirée qui nous attend.
Un rickshaw à la banquette Disney s'arrête devant deux blanches chargées comme des mules, un soir dans une rue de Shivalik. Celui-ci, il est pour nous, il a l'air drôle, et puis pour une fois que Mickey remplace Ganesh et les actrices de Bollywood aux seins généreux en guise de décoration... Mais c'était oublier la règle fondamentale concernant les chauffeurs de rickshaw à Delhi... Ne jamais monter dans un 3 roues qui a l'air rigolo ou original. Cela augure toujours d'un chauffeur complètement taré (symptômes du chauffeur fou: faire des zig zag sur la route déjà bien assez dangereuse, jeter plus de coups d'oeil en notre direction qu'ailleurs, siffler les filles à moto -Indiennes comprises-, se marrer tout seul, chanter à tue tête).
Arrivées à un carrefour non loin de la gare de Old Delhi, notre destination, le paysage change, et l'atmosphère avec. Un homme avance vers notre touctouc stoppé au feu; je lève les yeux vers lui pour les détourner aussitôt, et tente en vain de réprimer un fou rire nerveux. Le mendiant en question est diforme; le T shirt relevé sur sa poitrine, il laisse découvrir un ventre rond et gonflé digne des gremlins. Céline, qui n'a encore rien aperçu et ne comprend pas pourquoi je ris sans pouvoir m'arrêter, la tête baissée, honteuse, tourne le regard vers celui qui la touche pour lui réclamer quelques piecettes, et étouffe un cri. Non seulement son ventre est une ignominie, mais il semblerait que son sexe aussi forme une boule protubérante, qui resort de la braguette ouverte du monstre.
Ecoeurées pour le reste du trajet, nous débarquons dans une gare agitée, où la foule exacerbe soudain le sentiment d'étouffer. Devant nos yeux, une silhouette rampe et glisse à vive allure; ce n'est pas un reptile mais un autre mendiant aux deux "pieds palmés". Un trop plein d'Inde tout à coup, que nous évacuons en urgence au McDo du premier quai, après nous être assurées de l'heure de départ de notre train. Un burger et une glace plus tard, nous nous retrouvons face à de Indiens mâles de la classe moyenne-basse qui nous matent comme des porcs; nous nous laissons tomber sur le sol sale pour attendre le train retardé. Derrière nous, des parents accroupis à l'Indienne écossent des cacahuètes avec les dents pour les enfourner dans la bouche de leur petit. A côté, un gosse pose culotte sans complexes. Devant moi, un vieux évacue sa morve d'un coup de pouce expérimenté, elle retombe mollement sur les rails où slalome un gros rat à la recherche de détritus appétissants. Un peu plus loin, une femme se lave les dents bruyamment de son doigt, en évacuant quelques restes. Tout à coup, les odeurs de l'Inde ferroviaire m'écoeurent. Tout à coup, une forme surgit devant moi et me fait sursauter. C'est le brave Donald Duck qui vient mendier. Je suis prise d'une pitié terrible alors que je vois ses deux pieds plats sans orteils s'éloigner sur le quai...
Enfin, le train est là. C'est la première fois que nous prenons la Sleeper Class, moins chère et sans AC. Coup de bol, nous avons les couchettes du bord de fenêtres, ce qui veut dire pas de voisins directs de compartiment, juste Céline en dessous et moi au dessus. Les Indiens du compartiment en face n'ont pas l'air chiants. Il n'y a pas de rideaux pour se protéger des regards indiscrets, et par moments, d'ignobles relents émanent des toilettes du bout du couloir, mais dans l'ensemble la sleeper est correcte. Seul bémol, on n'y distribue pas de couverture. Je ne ferme pas l'oeil de la nuit, congelée dans mon maigre pull de randonnée. Un courant d'air fait clim dans mon dos et me glace le sang; je n'ai jamais eu froid comme ça. Enfin, vers 5H du matin, nous débarquons à Kalka, où nous reprenons le "toy train", le petit train des montagnes de l'Inde. Pourquoi toy train? Parce qu'il est tout petit, coloré, un genre de petit légo, comme le métro de Rennes. Ce train est réputé pour passer à travers de magnifiques paysages, je ne sais combien de tunnels et de ponts.
Alors que nous démarrons, des souvenirs du petit train des Andes envahissent mon esprit. Le Pérou n'est décidément jamais très loin dans tous ces voyages que je fais. Malgré des paysages magnifiques et un soleil qui se lève sur la montagne et réchauffe petit à petit le wagon et mon corps avec, je somnole et pique du nez contre la fenêtre de mon mini-compartiment, que je partage non pas avec Céline, qui doit s'endormir dans celui d'à côté, mais avec un homme assez épais et une femme à l'accent anglais. La relation qui unit ces deux-là est assez particulière, je ne la saisis pas de suite. L'homme a l'air japonais et parle un anglais très moyen. Elle est à ses petits soins, tout en gardant dans son langage une certaine distance, signe d'un grand respect pour cet homme particulier. Un peu avant l'immobilisation du train lego, le gros monsieur, qui entre temps s'est changé pour revêtir le vêtement du Daili Lama, engage la conversation avec moi. Il s'appelle Rinpoche, c'est un moine tibétain. Elle s'appelle Elmer, elle est Irlandaise et sa disciple. Tous deux vivent en Australie. Il m'invite à les accompagner dans un monastère tibétain et d'y passer la nuit, haut dans les montagnes en dehors de Shimla... To go or not to go? La suite au prochain épisode!
Rinpoche et Elmer
Gare de Shimla
Réplique du Toy Train
" s'adapter aux coutumes locales" ...restes et reflets d'une éducation à La Broussardière?...
RépondreSupprimertandis que je sors d'une douche flambante neuve au milieu d'une salle de bains redevenue 15 ème siècle...la petite phrase me trotte dans la tête!; j'ai bien aimé la retrospective et le mélange Inde Pérou qu'elle "cuisine".
enfin, pour le reste,eh bien, tu sais quoi, Mathilde, en plus de la petite phrase, il me trotte dans la tête maintenant une certaine chanson fétiche de la traversée des Andes...bon, je sais que je n'avais même pas besoin de finir ma phrase!!! et que par transmission instantannée, elle est déjà aussi dans ta tête!!! ha ha ha !!!Gagné
maman