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dimanche 2 août 2009

PiccaDelhi Circus (Dimanche 19 Juillet)

« Delhi! Delhi! C'est ainsi. On débarque de l'avion et on grimpe dans un autobus tout déglingué. Direction le centre ville, la gare ferroviaire. Saison de la mousson. Un méchant soleil m'assomme et l'air moite qui colle à la peau semble trop respiré. Ce n'est pas une touche de couleur locale, plus de 9 millions de personnes vivent ici. Sans compter le million de vaches aux culs merdeux qui traînent leurs os au milieu des rues. Voici Delhi! Et c'est la capitale de l'Inde. Après les quartiers verdoyants du gouvernement des ambassades du nouveau Delhi, on déboule au coeur de la métropole. C'est Connaught Place, réputée dans les provinces indiennes pour être un des endroits les plus modernes du monde. » Marc Boulet, Dans la peau d'un intouchable.

Ce matin, je reçois ma première visite française, loin d'être la dernière. Julie et son amie Hélène débarquent à la maison vers 9H. Les écouter raconter leurs premières impressions m'amuse. Je me revois une semaine auparavant, en train de rédiger mon premier mail commun, assommée par la chaleur, luttant contre le sommeil. Elles sont tombées sur un chauffeur de taxi un peu barré, qui prenait Ronaldo pour Zidane, lâchait son volant, entraîné par l'enthousiasme que suscitait l'évocation du foot, et oubliait de mettre le frein à main (si toutefois la voiture en avait un).
Après un pseudo petit-déjeuner, nous voilà dans un « rejav » ou « rajack », n'est-ce pas Hélène (qui n'arrive pas à prononcer le mot « rickshaw ») pour Connaught Place (la grande place située à la frontière entre New et Old Delhi), direction l'office de tourisme pour commencer. En chemin un doute me vient; ne serait-il pas fermé le dimanche après-midi? (réponse: siiiii)

Nous arrivons sur l'immense place ronde; et c'est déjà la folie. Sur le terre plein central autour duquel gravitent des fourmilières de rickshaws, un genre de station de métro parisienne se devine, qui est en fait un marché souterrain. Encore plus de gens, encore plus de saleté, cela ne ressemble en rien à la place moderne que je m'étais imaginée au fil de mes lectures furtives des guides de la FNAC. Cette partie de Delhi est encore différente de la Delhi Kalkajienne. Des détritus jonchent tous les coins de rue, des crachats tombent de toutes parts -jusqu'ici rien d'anormal-, beaucoup plus de gens malades, les odeurs, la crasse, ceux qui dorment à même le sol, les mômes qui carburent au crack, des saris colorés qui piochent dans des trous, travaux éternels de la Delhi -qui restera, me semble t-il- inachevée. Etoles et pioches, liberté, égalité, fraternité??!!

C. P.


Soudain une vision d'horreur me soulève le coeur et me pousse à détourner le regard; assise dans un coin de rue, entre deux blocs (la place se découpe en arcs de cercles, bloc A, B, C, etc), une affreuse petite vieille, toute rabougrie et décolorée, au visage jonché de tâches et de pustules, implore les passants de ses yeux rouges et de sa voix rauque.

« Arrivant de Paris, CP ressemble à une cité en ruine. Immeubles lézardés trop décrépis pour révéler leur âge; façades parées d'un fatras de vieilles affiches et d'enseignes branlantes. (…) les papiers gras, les pelures de cacahuètes, de bananes jonchent les trottoirs. (…) C'était ma première journée en Inde et j'ignorais tout du pays. Ce fur un choc. Ça sentait la bouse et je marchai dedans à plusieurs reprises. Delhi ressemblait à une ferme. En plus inquiétant, avec des centaines de sans-logis, en loques, vivant comme des bêtes. J'enjambais les corps. (..) Toutes les 5 min, une ombre sur un cyclopousse déboulait de nulle part et fonçait sur moi pour me proposer ses services. Il faisait pitié mais je ne voulais pas me faire arnaquer et je refusais de grimper dans sa charrette. Alors il me collait pendant 2 ou 3 min, ce qui est long, puis un autres pousse surgissait ». Marc Boulet, toujours...

Tout comme pour Marc quelques années auparavant, des Indiens nous assaillent et nous collent, et même si certains paraissent gentils et inoffensifs, mon cerveau crie méfiance. Nous demandons notre chemin jusqu'à la gare ferroviaire, les filles n'ayant pas prévu leurs billets de train pour Agra et Bénarés. Un gros Indien (l'un des 70 millions d'obèses sans doute -un chiffre annoncé par YahooIndia il y a quelques jours-) insiste et nous dit que les touristes doivent se rendre à un bureau spécial du gouvernement, situé juste à côté de l'office de tourisme. Ça pue l'arnaque, on essaye de s'en débarrasser, puis je me souviens que le guide parlait d'un bureau pour touristes. L'endroit a l'air correct...pourtant, je me souviens aussi que le guide parlait du premier étage de la gare...ce genre de signe annonciateur, il va vraiment falloir que j'apprenne à y faire plus attention.

Un employé du mystérieux bureau nous reçoit, il parle bien l'anglais, un peu de français, et semble compétent... mais nous annonce -son écran d'ordi à l'appui...- que tous les quotas touristes sont épuisés pour les quatre jours qui viennent. Et nous propose la solution miracle, bien entendu: un package tout inclus! Alors que nous nous impatientons, énervées de répéter qu'on n'en veut pas, de son package, il nous dit d'aller vérifier à la gare si cela nous chante, mais nous prédit un retour rapide dans son bureau...étrange prédiction qui allait se révéler correcte. Alors que nous cherchons la gare, un autre Indien nous aborde – un nain cette fois-ci. Mon premier nain Indien ;-) Celui-là est plutôt gentil, il nous indique la gare, mais me faire peur lorsque je me rends compte qu'il nous a devancées et nous reparle un peu plus loin. Petit mais rapide...


Le quartier de la gare est … marquant. Limite « immonde ». Mais lisez plutôt ces lignes écrites par Marc Boulet (désolée, mes références sont un peu limitées...), lorsque je les ai lues, j'ai retrouvé ce que j'avais ressenti en découvrant le quartier.

« Des essaims de mouches me suivent et l'atmosphère pue les chiottes. Je n'exagère pas. Tout autour de la gare, des hommes pissent debout ou accroupis, là où l'envie leur vient, sans se cacher et généralement près d'un mur. Certains en profitent pour évacuer un gros caca. A la bonne franquette. L'œuvre finie, ils se reculottent et bye bye: Le caca reste et enrichit le parfum de l'urine. Sous la chaleur, tout cela fermente ».

Et puis, tout à coup, derrière un mur, la fameuse gare. Une foule s'y précipite, en sort, des valises à la main, des sacs sur la tête, des enfants à traîner. Des bus attendent, des chauffeurs mollardent pour passer le temps. Cette fois, nous suivons bien les indications du routard; il nous reste une demi heure pour monter l'étage de la gare et nous rendre au guichet des touristes. Sauf que... un garde de la gare nous refuse l'accès dans les hauteurs. On insiste, pas assez sans doute et, deuxième erreur de débutante de la journée, nous le suivons jusqu'à un autre bureau, dans lequel nous entrons à reculons et duquel nous ressortons très vite. Il est trop tard maintenant pour retenter la gare. Nous quittons cet affreux quartier et ses odeurs et cherchons un endroit décent où nous poser pour boire quelque chose de frais et faire le point sur l'itinéraire des filles. Ma parole, Delhi est vraiment pire que Lima, toute démarche est une expédition!!

Nous entrons dans un restaurant un peu chicos (mais aux prix toujours plus que raisonnables une fois convertis en euros) et commandons 2L d'eau, ainsi que des plats. Décision: nous retournerons au premier bureau de ce matin. Aussitôt dit, presqu' aussitôt fait. L'employé de ce matin n'est plus là, mais son assistant nous attendait, paraît-il (quelle arrogance!!). Là, ça se passe un peu moins bien que deux heures auparavant, l'assistant ne démordant pas de ses packages et ne faisant aucun effort pour masquer la vérité, à savoir que ce bureau est un attrape touristes. Bien échauffées, nous nous énervons contre lui et quittons l'endroit. Erreur de débutante!!!!!!!

On laisse l'itinéraire de côté; l'heure est à la visite de Old Delhi si l'on ne veut pas tomber comme des mouches. Sur une autre petite place, où se trouve un ciné, le sigle du métro anglais trône en triple exemplaire, marquant « PiccaDelhi ». L'humour indien?!
Chandni Chowk, Old Delhi – j'avais appris l'existence de cette promenade dans le livre Loin de Chandigarh, de Tarun J. Tejpal. De gros fils électriques pendouillent dangereusement, formant un ciel bas à la vieille ville. Les mouches sont des nôtres, rassemblées autour des grills divers, des dormeurs, des étalages de fruits et de légumes. C'est écœurant et fascinant à la fois. Nous arrivons près d'un beau bâtiment rouge, le fort peut-être? Monter les quelques marches requiert de ma part un terrible effort; il fait chaud, je suis fatiguée et à court d'eau.


Des enfants sur les marches de la mosquée rouge

Le bâtiment n'est d'autre que la Jama Masjid, la plus grande mosquée du pays. Très jolie. A l'entrée, nous commettons la troisième erreur de débutante de la journée, nous payons un droit de visite, alors que tout le monde passe sans payer... nous nous imaginons que seuls les étrangers payent... les étrangers stupides oui!!! Nous voilà en tout cas revêtues d'une blouse immonde et ridicule, du genre celles que l'on passe chez le coiffeur, mais orange vif avec des fleurs blanches dessus. Je sue à grosses gouttes là-dessous. Un vieil Indien coiffé d'un turban coloré passe devant moi et pose sa main en plein sur mon visage. Sans doute pour me bénir, mais sentir sa grande main chaude qui a touché 10000 visages avant le mien, sous cette chaleur, ne me ravit pas forcément.
Nous pénétrons dans l'immense cour intérieure, brûlante sous nos pieds nus comme le sable chaud des plages en été. Dans un coin de cour, des pigeons par centaines picorent des graines; c'est à se demander si le pigeon est aussi sacré que la vache en Inde... Face au coin pigeons, un bassin rectangulaire s'étend, où les gens se rincent les pieds. Nous allons nous assoir près du bord; il ne faut pas tremper ses pieds directement dedans, mais se servir de ses mains pour se les asperger.

Des autochtones se moquent de nous et de nos blouses et nous prennent en photo. Pour une fois, les rôles sont inversés. Nous finissons la visite vite fait, nous sommes lessivées et j'ai un pick up le soir. Avec mon sac sous ma blouse, les gens me croient enceinte (cf photo), les femmes me suivent du regard avec des yeux malicieux. « Pregnant, pregnant », murmure t-on à mon passage.


Je me sens sale, ça me gratte dans tout le corps. J'ai envie de rentrer, de me poser sous un ventilo. Le retour est un peu dur, Julie s'endort et nous avons toutes très soif. Nous n'avons plus le courage de filmer, et le chemin du retour n'est pas ponctué des « Oh Putain » qui nous ont accompagnées durant tout notre périple de la journée! En rentrant, nous faisons le test de la lingette, qui deviendra mon sport favori à Delhi. Je m'essuie le visage, le cou et les bras... la lingette est devenue si noire que j'en ai presque eu peur!! Moins un an d'espérance de vie...

Moi, Julie et Hélène

1 commentaire:

  1. adjectif parfaitement adéquat... je compatit... parfaitement ridicules, les "blouses" ou blues???

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