Nombre de jours de WE: 2
Nombre de pick up: un seul, et accompagné
Nombre de latte du Coffee Day de l'aéroport: un, la raison d'être du pick up
Court intermède: vendredi ou l'Inde sauvage
Les journées de merde, bien sûr ça existe aussi en Inde. Je dirais même, ça existe surtout en Inde, selon le degré de chance et/ou d'adaptation de tout un chacun.
Il se trouve qu'aujourd'hui, ma journée n'était pas terrible, malgré la soirée annonciatrice d'un WE de 2 jours, grand luxe dans ma nouvelle vie de femme professionnelle!!!
Le rickshaw flambe en slalums suicidaires, et tout à coup j'étouffe, cette ville manque d'air, d'espace, de tranquillité. Pas un millimètre pour circuler, à pied ou pas, pas un inch pour respirer...ça passera, je sais bien que ça passera, mais vivement que je puisse m'échapper un peu de Delhi le WE!
Et puis, tout à coup, je me réveille. C'est samedi matin. Et je réalise. Aaaaaa WE!!!!!!!! Deux jours entiers, presque dénués de pick up.
Lever à midi, que c'est bon, une grasse mat', même lorsque l'on est réveillé quinze fois par les aboiements des chiens errants, les cris les vendeurs ambulants (errants?!), la chaleur des rayons d'un éclatant soleil qui transperce murs et fenêtres.
Petit-déjeuner vers 13H, Delacre – cappuccino, des restes de notre douce France partagés dans la coloc.
Après-midi glandouille; serais-je en train de devenir l'une de celles que je ne voulais pas devenir, la femme active qui se défonce au boulot la semaine pour mieux s'écrouler le WE (sans toutefois faire ni courses ni lessive...). Non, ce n'est pas possible, je refuse. Résiste. Delhi ou pas. Boulot ou pas.
Je décide donc de me rendre un spectacle, et d'y rejoindre quelques collègues. Je pars seule pour Lodhi Road; à la recherche d'un rickshaw, je traverse un troupeau de jeune écoliers en uniforme, qui me dévisagent avec insistance et me marcheraient dessus sans aucun scrupule. Pour la première fois depuis mon arrivée, je me sens mal à l'aise, jaugée, jugée, moquée. Je trace ma route.
Les routes sont congestionnées nous roulons, roulons...le chauffeur, qui devait en avoir marre de me trimballer, me largue à une toute autre adresse que celle indiquée sur mon papier glacé. Erreur de débutante, ça m'apprendra à me fier à un chauffeur sans vérifier. Règle numéro deux (petit rappel pour la règle numéro un, pour ceux et celles qui lisent ce blog en diagonale: toujours se fier aux apparences): ne jamais payer avant d'être sûre!!!
Je marche, je cherche, je demande, je recule, fais demi-tour, m'arrête, soupire, observe, repars; je passe dans des rues pauvres, où manifestement se prépare une célébration. En effet, depuis quelques jours, Delhi est envahie de promeneurs vêtus d'orange vif portant de l'eau et de grandes couronnes de fleurs, parfois à plusieurs (cf photo ci-dessous).
Il se fait tard et je finis par reprendre un rickie. C'est la première fois que je parle vraiment avec un chauffeur, et ce dernier arbore une banane permanente sur son visage, ça fait plaisir!
J'arrive enfin au spectacle, en retard du quart d'heure tourangeau, on ne se refait pas. Là, un homme me demande si je désire recevoir « mon eau ». Il m'emmène dans une salle (où j'ai le plaisir de retrouver mes collègues, qui viennent aussi de débarquer) et me tend un genre de boîte Mc Do ainsi qu'une mini bouteille d'eau. Super, un pestacle et en plus à manger.
Sauf que... dès la première danse, quelque chose de bizarre se trame. Melina se penche vers moi en me faisant remarquer l'étrange public présent dans la salle: des parents, quelques frères et soeurs par ci par là... génial, on est à la kermesse!! Un beau spectacle de fin d'année... les jeunes ne dansent pas trop mal, si on les compare au bout de bois que je suis, mais rien à voir avec des professionnels. Moi qui m'attendais aux spectacles un peu posh dont les expat' profitent grâce aux ambassades, c'est raté! Les bons plans de Jérémy (qui nous a refilé les invit'), j'éviterai à l'avenir!
Allez, un petit extrait, je sens que vous en mourrez d'envie...
Presque deux heures plus tard, j'accompagne les filles dans l'autre appart' de la boîte, à GK1 (un autre quartier, un peu plus « chic » que Kalkaji). Il me semble plus chaleureux, mieux décoré, plus en mouvance, moins ordonné, plus moi quoi.
Nous faisons un petit crochet par le marchand d'alcool, expérience assez impressionnante... une masse de jeunes plantés devant lèvent mains et billets pour réclamer les breuvages sacrés. Je m'imagine déjà faire trois heures de queue pour une malheureuse bouteille, mais Melina commence une mêlée et nous fraie un passage afin de rentrer à l'intérieur de la boutique, derrière le comptoir. Si on reste dans la foule, me dit-elle, c'est un coup à se faire tripoter comme jamais dans notre vie. Je songe au guide du routard qui mettait en garde contre les « Eve teasers », ces Indiens qui baladent franchement leurs mains sur les corps pâles...
On reste à discuter longtemps de tout et de rien, de danse, de relations, de voyages. J'aime sentir de nouveau que certaines de mes émotions sont partagées; par exemple celle qui nous envahit lorsque l'on rentre en France après un long séjour à l'étranger, va t-on un jour se réadapter?
Des questions que l'on se pose dans l'hexagone, sur l'avenir, sur nous-mêmes, la facilité de rencontrer des gens à l'étranger, de s'ouvrir, la vie d'expat', l'envie d'ailleurs. Ce que l'on fuit, pourquoi on fuit. Finalement, l'étranger, est-ce l'apprentissage de vivre avec soi-même? Une façon de se découvrir en tant qu'individu?
« Je veux savourer cette nouvelle aventure, exister à cent à l'heure (...) Suis-je naïf de croire à une vertu transformatrice de l'aventure? », Marc Boulet, Dans la peau d'un intouchable
On parle aussi de l'Inde. De la difficulté à rencontrer des Indiens et à partager des choses avec eux. De ces méfiances que j'avais déjà au Pérou, sur les véritables intentions masculines par exemple.
Il paraît que, pour la plupart, nous sommes des impures ou des putes, les deux n'étant pas incompatibles d'ailleurs. Par contre, recevoir des blancs chez soi, même impurs, ça fait bien. J'écrirai un poste à ce sujet, plus tard, lorsque j'aurai expérimenté un peu plus du pays.
L'Inde et ses contrastes... On ne pourra jamais la comprendre je crois, du moins pas entièrement. Elle est insaisissable; chacun à sa manière nous la découvrons, l'expérimentons, la comparons, l'approfondissons, l'aimons ou la détestons, ou les deux à la fois, tant ces sentiments sont liés, mais personne ne détient la vérité. L'Inde est multiple. Et j'ai hâte de découvrir ses mille visages...
Le voyage
RépondreSupprimerpartout, on s'emmène soi même. Partir pour se trouver. Dans le silence, dans l'espace.Juste au dessus du temps, juste au-delà des peines.Partir sans oublier. Pour regarder de plus haut, faire semblant de se laisser aller au vent. Pour inventer le sens du filqui nous attache.